Marquis de Bérangose de 1769, 1820...à nos jours

Charles, Auguste Bierroy était arpenteur...

Charles, Auguste Bierroy, arpenteur, démarra son activité de négociant en meubles tout à fait par hasard.

En 1801, venant de se mettre en ménage avec Eugénie Lafont, il partit à la recherche de biens pour meubler son habitation de Corrèze.

Notre homme était un esthète, il s’intéressait à la mode, cela se voyait à son allure vestimentaire, mais il était aussi amateur d’art, et de beaux objets.

Ainsi, entendit-il parler des « ventes révolutionnaires » de Paris où des meubles créés par Jean Henri Riesener seraient mis aux enchères. Il s’y rendit avec une partie de ses économies.

Ceux-ci ayant un style devenu désuet pour l’époque, ils n’intéressaient pas grand monde. Il fit donc l’acquisition de quelques pièces pour une bouchée de pain.

Petit à petit, il se constitua une belle collection : bureaux, secrétaires, boîtes et consoles. Prenant de plus en plus de place dans son intérieur, et confronté aux remarques régulières de son épouse, il fut obligé de trouver une petite remise pour les entreposer.

Pris d’une crise de rangement compulsif, il décida de vendre quelques pièces. L’espace libéré fut vite comblé par de nouveaux éléments toujours plus volumineux.

En 1803, âgé de 34 ans, il décida de tenter sa chance comme négociant en meubles. Le métier d’arpenteur ne payait plus guère en raison de commandes de moins en moins fréquentes.

Attiré par le grand large, ce fut l’occasion de s’installer près d’une ville portuaire. De cette manière, il pourrait vendre à l’export et en direction des îles françaises.

La Vendée, et plus particulièrement la ville de Montaigu fut rapidement choisie, de par sa position stratégique entre Nantes et Les Sables-d’Olonne, au détriment de Bordeaux ou Brest.

Il s’établit donc en 1804 à Montaigu, où il fut hébergé par un fermier, au Domaine du Rocher, en attendant de trouver un bâtiment pouvant accueillir sa petite famille et son négoce.

Il continuait à amasser du mobilier et s’était entendu avec son propriétaire pour stocker ses meubles dans une partie de la ferme. La grange servait à la fois de remise et d’échoppe lorsqu’il s’agissait de vendre quelques pièces.

Des acheteurs Parisiens, Nantais, voire même des navigateurs lors d’escales à Nantes, venaient lui rendre visite.

Comment est-il devenu Marquis ?

En 1808, Charles Auguste Bierroy entendit parler de la traversée de Montaigu par l’empereur Napoléon. Celui-ci avait prévu de passer par la Vendée au mois d’Août. Tous les notables de la ville étaient invités à se présenter « une demi-heure avant » et devaient rester « une demi-heure après le passage du convoi. »

Charles Auguste décida de saisir l’occasion en se faisant passer pour notable, plus précisément pour un aristocrate en s’attribuant un titre de noblesse. Il était en effet Hispano Corrézien du côté de sa mère.

C’est ainsi que le Marquis de Bérango (Province de Bilbao d’où sa mère était native) se francisa en Marquis de Bérangose.

Il prépara des petites cartes avec son titre et son adresse, qu’il cacheta à la cire. Il prit soin d’indiquer le nom de chaque notable, avant de les remettre à chacun lors du passage de l’Empereur, ce qui fut très apprécié.

Dans les semaines qui suivirent, les rendez-vous et les commandes ne désemplirent pas, à tel point qu’il dut engager deux cochers pour livrer les marchandises.

Les affaires du Marquis étant florissantes, le fermier qui avançait en âge, proposa de lui vendre l’ensemble du domaine sur lequel se situaient la grange et la maison. L’affaire fut signée rapidement.

C’est ainsi qu’en 1810, « Aux objets du Marquis », s’inscrivit au-dessus du portail de la propriété.

Au vu de l’engouement général, il décida de créer lui-même des meubles en s’entourant d’un ébéniste, d’un tourneur sur bois et d’un ferronnier. L’entreprise totalisait 11 personnes, ce qui commençait à être important, à l’époque, pour ce type de négoce.

C’est à partir de 1820 que toutes traces du Marquis furent perdues. Personne ne sut ce qu’il advint, jusqu’en 2013, où lors d’une vente aux enchères un lot de plusieurs objets (croquis, eaux-fortes et six meubles, sans doute des prototypes) ayant appartenu au Marquis furent vendus à un collectionneur.

C’est l’esprit du Marquis, sa créativité qui se transmet, qui invite à casser les codes et bousculer l’académisme. C’est ce sens de la provocation, cette touche d’excentricité que vous retrouvez encore aujourd’hui dans le catalogue du Marquis de Bérangose.

Au-delà de l’objet fonctionnel et esthétique, c’est une histoire singulière, une culture de la différence que nous vous proposons. Les techniques et les matériaux sont ceux d’aujourd’hui et de demain.

Le Marquis les aurait-il imaginés ainsi ? Nul ne peut le dire.

Mais ce qui ne fait aucun doute… Il aurait essayé !